Yann Barte



Journaliste indé, chroniqueur

 

 

 



 

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signifie en darija (arabe dialectal marocain) quelque chose comme "potins", "commérages"... On dit ainsi "faire tberguig" (un vrai sport national au Maroc!). Et comme le star système marocain est encore en gestation, tberguig est international depuis sa création (2004). blog pub et pub

Pipeulissime

chaque mois, un tberguig

Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 18:55

Voir et être vu… mais surtout être vu. Et pour ça, il n’y avait pas mieux, le mois dernier, que le tapis rouge du festival de Cannes. Il fallait être là. En tout cas le temps de monter les marches. Parce qu’ensuite, dès le film commencé… on en a vu pas mal filer en douce par derrière. Des tocards de la télé-réalité par exemple qui sont à peu près au cinéma ce que le Royal-O-fish est à la cuisine du poisson. Heureusement quelques journalistes vicieux les attendaient pour leur poser la question qui tue : « alors, il était bien le film ? » Jean-Luc Godard a préféré snober la Croisette, à cause d’un empêchement « de type grec », écrit-il dans son mot d’excuse. Du Godard dans le texte. Son « Film socialisme » conduit la moitié de la salle à déserter de même, dès la première demi-heure. Pareil pour « Outrage » de Takeshi Kitano qui fait fuir encore plus vite les journalistes. Une histoire de yakuzas et une pléthore de bonnes idées pour torturer et zigouiller son prochain. Pas de lapin à la grecque pour Ridley Scott : c’est à cause de son genou que le réalisateur ne viendra pas pour son Robin des bois. Sean Penn, lui, est retenu à Washington. Heureusement, il y a les motivés, comme Lambert Wilson, opéré d’urgence d’une péritonite, qui fait malgré tout bonne figure au festival ; ou le cinéaste Manoel de Oliveira, 101 ans, et toujours bon pied bon oeil. Mais l’absence la plus remarquée restera celle d’un membre même du jury : Jafar Panahi, incarcéré en Iran pour avoir réalisé un film sur les répressions post-électorales de Ahmadinejad. De Niro, Coppola, Spielberg, Scorcese… tous ont réclamé sa libération immédiate. Juliette Binoche a même fondu en larmes, lors d’une conférence de presse de l’équipe du film « Copie conforme » d’Abbas Kiarostami, lorsqu’une journaliste lui a appris que le réalisateur incarcéré avait débuté une grève de la faim. Car Ahmadinejad fait aussi son cinéma. Il met le pays au pas avant l’anniversaire de son élection volée et active la potence. Ce qui ne semble pas trop émouvoir les organisations internationales qui viennent même d’élire l’Iran membre de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies. Pas mal pour un pays où la lapidation est inscrite dans la loi et où les femmes « immodestes » sont passibles du fouet ! Une semaine avant cette élection, on a même eu droit aux déclarations comiques d’un des hauts responsables religieux de Téhéran, Kazem Sedighi, qui affirmait sans rire que les tremblements de terre étaient provoqués par les tenues vestimentaires «indécentes» des femmes. C’est quand même plus facile de frapper une femme volcanique que de s’attaquer à une faille sismique ! A Cannes, la terre aurait dû s’ouvrir cent fois et le Palais des festivités être emporté au moins par un tsunami. Bizarre.

 

 

 

Par Yann - Publié dans : Chroniques
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